Cannabis et pertes de mémoire

Publié le 22 Mars 2017

 

 

De nombreuses études ont montré que la consomma­tion élevée de cannabis peut entraîner des pertes de mémoire à court et à long terme. Des travaux récents permettent de penser que cet effet serait dû à une perturbation des mitochon­dries présentes au niveau de l’hippocampe du cerveau.

 

Les effets psychoactifs du cannabis sont dus au delta-9-tetrahydrocannabinol (THC), le principal cannabinoïde présent dans cette plante. Cette molécule possède une structure similaire aux cannabinoïdes produits naturellement dans le corps (l’anandamide, par exemple) et peut donc interagir avec leurs récepteurs qui sont présents dans plusieurs régions du cerveau. Puisque ces cannabinoïdes naturels sont des neurotransmetteurs impliqués dans plusieurs processus mentaux (émotions, perception sensorielle, mémoire), le THC peut altérer artificiellement ces processus et modifier le fonctionnement normal du cerveau.

Certains de ces effets sont considérés comme positifs (amélioration de l’humeur, ­relaxation, augmentation de ­l’appétit), tandis que ­d’autres sont négatifs (difficultés de concentration, mauvaise ­coordination et perte de ­motivation, entre autres).

 

 

Pertes de mémoire

Les problèmes de mémoire sont un autre effet secondaire indésirable fréquemment observé chez les consommateurs réguliers de cannabis, car le THC agit ­directement au niveau de l’hippocampe, une région du cerveau ­indispensable à la ­mémoire.

Selon des travaux ­réalisés par une équipe de ­scientifiques ­français, cet ­impact négatif du THC serait dû à son interaction avec un récepteur localisé dans les mitochondries, les centrales énergétiques des cellules1. Ils ont découvert que cette interaction déclenchait une cascade d’événements qui vont ultimement réduire l’activité de la chaîne respiratoire ­localisée dans la mitochondrie et du même coup l’énergie produite dans la cellule. Cette perte d’énergie abaisse les performances des neurones, ce qui ­expliquerait le mauvais fonctionnement de la mémoire associé à la consommation de cannabis.

 

 

C’est la première fois que l’on montre clairement que les mitochondries jouent un rôle ­important dans des fonctions ­cognitives avancées comme ­l’apprentissage et la mémoire.

Ce qui n’est d’ailleurs pas si étonnant quand on y pense: même si le cerveau ne représente que 2 % du poids corporel, il consomme à lui seul jusqu’à 25 % de l’énergie dépensée par le corps. Puisque les mitochondries sont responsables de cette production d’énergie (sous forme d’ATP), il va de soi que ces «centrales énergétiques» jouent un rôle extrêmement ­important dans le fonctionnement du cerveau. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les ­personnes atteintes de ­maladies causées par un dysfonctionnement des mitochondries présentent de graves atteintes neurologiques.

 

 

Abus dangereux

Au cours des dernières années, notre société est devenue de plus en plus tolérante face au ­cannabis. L’usage récréatif de la drogue est décriminalisé depuis plusieurs décennies et on parle même de plus en plus d’en ­légaliser la vente.

Ce changement d’attitude est normal, car le cannabis est sur le marché depuis plus de 50 ans et on sait maintenant que sa consommation occasionnelle ne provoque pas d’effets négatifs majeurs sur la santé. Mais comme l’illustrent bien les résultats de l’étude publiée dans ­Nature, l’abus de cannabis entraîne des déséquilibres majeurs dans le fonctionnement des neurones et peut donc causer plusieurs troubles mentaux, notamment au niveau du processus de mémoire.

Comme pour l’alcool, la frontière entre les effets positifs et négatifs du cannabis est très mince et il faut faire preuve de modération. Ce n’est pas parce qu’une ­substance est légale qu’elle est sans danger.


1. Selon Hebert-Chatelain E et coll. A cannabinoid link between mitochondria and memory. Nature, 2016; 539: 555-59.

Rédigé par Régis Baillargeon

Publié dans #santé

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