Réussir sa séparation une fois pour toute.

Publié le 2 Mai 2017

 

Qu’il soit tout-petit ou adulte, aucun enfant ne sort totalement indemne d’une séparation, surtout lorsqu’il devient un instrument de vengeance. La culpabilité, la colère et le sentiment d’abandon le hanteront pendant des années si les parents oublient leur rôle d’éducateur, souligne le DrNour-Eddine Benzohra dans un guide consacré sur le sujet.

 

 

En 30 ans de pratique, le psychiatre et thérapeute en milieu familial ne compte plus le nombre d’enfants qui ont porté toute leur vie les lourdes blessures provoquées par la rupture de leurs ­parents. «Même si les adultes le savent, ils sont trop accaparés par le caractère passionnel du conflit pour réellement s’occuper du bien-être du fruit de leur union. Le sentiment d’échec les accable», témoigne le co-auteur de L’art d’être des ­parents séparés.

Récemment, un homme est venu le consulter, poussé par sa femme qui se disait inquiète parce qu’il montrait plusieurs signes d’agressivité depuis la naissance de leur enfant. «À peine avons-nous engagé la conversation qu’il est entré dans une colère épouvantable. Et il s’est confié à moi. À l’âge de huit ans, ses parents se sont séparés dans des circonstances orageuses et il a vécu le reste de son enfance chez sa grand-mère avec qui il n’a jamais développé de grand lien affectif. Il a grandi avec ce traumatisme toute sa vie et sa position de père avait réactivé sa douleur.»

Le Dr Benzohra observe qu’une grande proportion d’enfants qui ont vécu la séparation de leurs parents traînent pendant une longue partie de leur vie une souffrance qui se manifeste notamment par leur difficulté à s’engager dans une ­relation sentimentale.

 

 

 

Le rôle d’éducateur

 

 

 

En dépit de ce constat, il est possible de ­limiter les dégâts. Les parents devraient préparer l’enfant à ce qui s’en vient, insiste le psychiatre. «Épargner à tout prix l’enfant et tout dissimuler est une erreur. S’il apprend la séparation de ­façon subite, l’épreuve sera un grand choc.»

Au contraire, laver son linge sale devant l’enfant risque de l’entraîner dans un conflit de loyauté stérile. «L’enfant est en droit d’aimer ses deux parents.»

Le Dr Benzohra n’en demeure pas moins optimiste quant à l’avenir des enfants à condition que les parents ­reviennent à leur rôle d’éducateur.

«Il n’est pas utopique de parvenir à une séparation à l’amiable. Cela n’arrive pas tout de suite après la rupture. La colère et le chagrin sont des réactions normales, mais la situation ne doit pas s’éterniser. Lorsqu’un dialogue peut ­s’établir, tout le monde y gagne.»

L’art d’être des parents séparés
Colette Barroux-Chabanol / Nour-Eddine Benzohra

Albin Michel, 240 pages, 2017
 
 
 
 
 
 

 

 

5 CONSEILS POUR RÉUSSIR SA SÉPARATION AVEC DES ENFANTS

 

 

 

1. Déculpabiliser l’enfant. À l’annonce de la séparation, les parents doivent ­expliquer au petit que cela n’est pas de sa faute. Dans un sentiment naturel de toute-puissance, l’enfant croira qu’il a provoqué la rupture.

 

 

 

2. Ne pas culpabiliser. Le sentiment d’échec lié à la séparation ne devrait pas faire oublier aux parents leur rôle ­d’éducateur. S’ils cèdent à toutes les ­demandes du jeune par culpabilité, ils feront de lui un enfant-roi.

 

 

 

3. Désamorcer l’agressivité. Le malaise de l’enfant peut se traduire par de l’agressivité. Le parent évitera l’affrontement durant la crise, mais après, il cherchera à désamorcer la situation avec l’enfant en mettant des mots sur ce qu’il ressent. Il faut aussi ­demeurer ferme et répondre à ses ­questionnements.

 

 

 

4. Trouver un espace de médiation. Même s’ils ne forment plus une famille, les parents demeurent reliés par leur enfant. Trouver un lieu neutre où ils sont capables de reconnaître leurs torts, mais aussi leurs bons coups, permet de dénouer plusieurs malentendus et se concentrer sur le bien-être du petit.

 

 

 

5. Garde partagée, règles communes. Lorsque l’enfant vit en résidence alternée, les deux parents devraient s’entendre sur des règles de discipline communes (heure du coucher, utilisation des écrans, devoirs), d’où la nécessité d’un dialogue constant.

Rédigé par Régis Baillargeon

Publié dans #Psycho

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