L’Alzheimer lié au mauvais cholestérol.

Publié le 8 Février 2017

 

 

 

 

Isabelle Bergeron/TC MediaLa Dre Sylvia Villeneuve est titulaire de deux post-doctorats et a obtenu pour ses recherches sur l'Alzheimer une des subventions les plus convoitées du pays, une bourse des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

Une corrélation claire a été établie par la chercheuse de l’Institut Douglas de Verdun, Sylvia Villeneuve, entre le taux de mauvais cholestérol (LDL) et la maladie d’Alzheimer. La neuropsychologue, qui a également trouvé un lien direct entre l’âge auquel un parent a été atteint et l’âge auquel ses enfants la développeront, croit qu’il sera bientôt possible d’agir en prévention, entre autres en améliorant le mode de vie des personnes à risque.

Le cerveau d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer commencerait à s’atrophier de 10 à 20 ans avant l’apparition des premiers symptômes, selon les spécialistes. Ainsi, les dommages sont déjà irréparables quand elle est détectée.

C’est pourquoi l’équipe de la Dre Villeneuve se concentre sur la détection précoce, une priorité pour pouvoir agir à temps, voire ralentir le développement de la maladie.

«Ça pourrait être par un médicament éventuellement, mais aussi par des changements dans le mode de vie. Pour l’instant, la seule corrélation certaine qu’on ait découverte est avec le taux de mauvais cholestérol, bien qu’on ignore la cause de ce lien», explique la scientifique.

La maladie d’Alzheimer étant multifactorielle, il est possible que le changement dans les habitudes de vie ne règle pas tout et qu’il soit nécessaire de trouver un ou plusieurs médicaments pour contrer son évolution.

Pour l’instant, la seule piste reste la corrélation établie avec le taux de cholestérol en étudiant un très grand nombre de patients, même si l’explication de ce lien de cause à effet n’est toujours pas connue.

«On ne sait pas pourquoi c’est lié, mais, statistiquement, c’est évident», ajoute Dre Villeneuve.

 

 

 

 

Hérédité
«Plus on s’approche de l’âge auquel notre parent a développé la maladie, plus on est à risque. Ce lien est encore plus fort qu’on le croyait et c’est d’autant plus vrai pour les femmes, même si, là encore, on ignore pourquoi», affirme Dre Villeneuve.

Les résultats de ses recherches ont pu être confirmés en les comparant à d’autres ailleurs dans le monde.

«Ça peut sembler déprimant comme découverte, je le comprends. Nos souvenirs et notre mémoire, c’est ce qui nous définit, alors c’est dur d’apprendre ça. Mais si ça nous permet de développer des thérapies préventives, je trouve que c’est surtout positif», fait-elle valoir.

L’aspect hériditaire avait déjà été établi pour une forme spécifique de la maladie, qui est en fait une mutation génétique et touche 1% des personnes atteintes, le plus souvent dans la trentaine, mais il ne l’avait jamais été pour les autres.

En suivant une cohorte de 300 personnes cognitivement normales mais dont un des parents a souffert de la maladie d’Alzheimer, Dre Villeneuve espère en apprendre davantage sur son évolution et découvrir de nouveaux facteurs qui pourraient en retarder l’apparition.

 

 

 

 

Dépistage
Si la maladie ne présente d’abord aucun signe extérieur, elle laisse tout de même certaines traces. On associe le développement de l’Alzheimer à la présence de deux protéines dans le cerveau: l’amyloïde et le tau.

«La présence de l’une des deux protéines ne signifie pas à coup sûr que quelqu’un va développer la maladie, mais c’est plutôt mauvais signe. Avec les deux, c’est pratiquement certain», soutient Dre Villeneuve.

Elle spécifie que ces protéines servent de marqueurs qui permettent de mesurer l’évolution, mais ne sont pas forcément une cause directe. Elles seraient peut-être uniquement une réaction du corps.

Quand la jeune neuropsychologue a débuté ses études, il n’y avait aucune façon de détecter la présence de ces protéines. Aujourd’hui, elle peut localiser l’amyloïde avec précision grâce à l’utilisation de biomarqueurs et à la tomographie par émission de positrons (TEP scan), une technique d’imagerie médicale.

Ce test n’est pas encore accepté par Santé Canada pour des raisons de coûts et non de sécurité. Dre Villeneuve ne peut donc dévoiler les résultats aux participants de son étude. «Ils le font vraiment pour la science et ils sont tellement dévoués», dit-elle avec gratitude.

Les efforts de la chercheure pourraient bientôt connaître un grand coup d’accélérateur puisque son équipe sera dès le mois de mars une des seules au Canada à avoir la technologie nécessaire pour localiser la deuxième protéine liée à la maladie d’Alzheimer, le tau.

Cette méthode n’existant que depuis trois ans, elle devra être peaufinée par l’équipe de Dre Villeneuve, mais pourrait permettre de grandes avancées.

Rédigé par Régis Baillargeon

Publié dans #santé

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